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Jacques Camille Picoux est né en France le 9 novembre
1948
Discours pour l'ouverture de l'exposition au Musée d'Art moderne de Taipei à Taiwan en 1989. Malgré les recherches de nombreux savants,
nous ne savons pas encore très bien comment la déesse Nu-wa a pu
trouver les couleurs qu'elle a données au ciel. Il est toujours un peu effrayant de mettre une
couleur à côté d'une autre, et de laisser ensuite les gens
les regarder. En voyant les tableaux de Jacques Picoux on est
donc un peu effrayé par l'émotion qui se dégage du " portrait
d'une dame dans son lit " dont le corps est composé de fragments
de journaux, et la couverture du lit faite de papiers qu'on a aperçus sur
l'emballage d'une boîte de bonbons. Mais on comprend aussi pourquoi ses collages sont comprimés derrière un verre car Jacques Picoux a sans doute peur que les couleurs se mettent à bouger et à sortir de leur cadre. Il sera intéressant de revenir cette nuit quand toutes les lumières de ce musée seront éteintes pour voir si les couleurs sont satisfaites de la manière dont jacques Picoux les a collées. Je soupçonne pour ma part que la nuit elles tentent de se déplacer. Comment expliquer autrement que quand je regarde un tableau de Jacques Picoux ce n'est pas la même impression, ni la même sensation que je ressens à chaque fois. Déjà quand les couleurs sortent
d'un tube et qu'elles n'ont pas de mémoire, les peintres sont tentés
de les appliquer avec un pinceau pour éviter les problèmes. Plusieurs d'entre nous l'ont connu comme professeur
à Paris et à Taiwan, depuis dix ans, comme réalisateur d'une
émission de télévision de français à la télévision. Jacques Picoux est né en France le 9 novembre
1948, son père, inspecteur de physique de l'Education nationale aurait
aimé le voir s'intéresser aux sciences d'une manière un peu
plus exacte que la chimie des couleurs, mais qu'importe. Ses études de chinois et son attrait pour
l'Asie ont-ils été décisifs dans le choix des papiers japonais
? Je m'éloigne de mon sujet, mais je ne peux
m'empécher de penser que Jacques Picoux ramassera le texte de mon discours
et qu'en le déchirant en petits morceaux et en ajoutant l'emballage d'un
caramel ou un bout de papier de chocolat il risque d'en faire mon portrait. René Viénet
Jacques Picoux dans les papeteries : soupesant de l'il la brillance, la couleur, le motif des papiers qu'il achète, comme un cuisinier au marché. Jacques Picoux travaille à même le sol. Quelques croquis sur des feuilles volantes et d'un trait sûr, il dessine sa composition au crayon sur le carton : composition linéaire à rapprocher de celle d'une mosaïque ou d'un vitrail. Le travail commence. Ballet des ciseaux et de la colle. Découper, coller, découper, coller. Il suit un film idiot sur un magnétoscope ou il écoute de l'opéra chinois ou des chanteuses françaises des années 30. Il converse, absorbé. Dès que se collent les premiers papiers découpés, un dialogue à trois s'instaure entre la composition dessinée sur le carton, la couleur du fragment de papier et le motif imprimé sur ce papier. La composition initiale peut subir des bouleversements complets : la matière guide la main plus que la composition. Un carton peut être abandonné et repris des jours, des semaines après. D'autres finissent à la poubelle. À première vue, la démarche de Picoux pourrait s'apparenter au pointillisme d'un Seurat. Mais Seurat avait une ambition toute scientifique : illustrer les recherches du professeur Chevreuil sur la persistance rétinienne et la décomposition du prisme. Le monde Jacques Picoux est ascientifique. Il baigne dans un fantastique somptueux. Qu'il reprenne le bestiaire de la mythologie chinoise, dragon, cheval, serpent, les thèmes des orientalistes du XIXe siècle (le harem), qu'il reconstruise un chat Nijinski ou d'autres plus baudelairiens, qu'il présente ses portraits plus ressemblants d'être rêvés, plus inquiétants d'être souvent cernés, décadrés (Picoux aime les constructions en abyme) ses couleurs rutilantes rehaussées d'or sont les couleurs du songe. À l'heure où l'avant-garde tourne en rond dans sa quête stérilisante d'un jamais vu au goût toujours de déjà vu, Picoux s'inspire des uvres décoratives et populaires de l'orient ou de l'occident, mais derrière ses couleurs somptueuses que de rêves tapis. Hélène Hazéra
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