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Biographie

Jacques Camille Picoux est né en France le 9 novembre 1948
Il vit à Taiwan depuis 1979.

 

Discours pour l'ouverture de l'exposition au Musée d'Art moderne de Taipei à Taiwan en 1989.

Malgré les recherches de nombreux savants, nous ne savons pas encore très bien comment la déesse Nu-wa a pu trouver les couleurs qu'elle a données au ciel.
Jacques Picoux, lui, a commencé par ramasser des papiers de toutes les couleurs, puis un jour il a décidé qu'il pouvait les mettre bout à bout pour créer des portraits, des impressions et des sentiments.

Il est toujours un peu effrayant de mettre une couleur à côté d'une autre, et de laisser ensuite les gens les regarder.
D'abord, on ne sait pas quelles sont les couleurs que voient les autres.
Certains animaux voient des couleurs qu'aucun humain ne voit. Il est probable que les hommes aussi voient des couleurs différentes les uns des autres. Puis-je ajouter à tout cela qu'il n'y a pas de couleurs innocentes :
Quand on ramasse un bout de tissu rouge et qu'on le met dans un tableau, ce n'est pas la même chose s'il s'agit d'un morceau de drapeau ou d'un fragment d'une robe. On ne sait pas si la robe en question a été portée par quelqu'un d'heureux ou de malheureux, ni si le drapeau a été porté par des enfants ou des soldats.

En voyant les tableaux de Jacques Picoux on est donc un peu effrayé par l'émotion qui se dégage du " portrait d'une dame dans son lit " dont le corps est composé de fragments de journaux, et la couverture du lit faite de papiers qu'on a aperçus sur l'emballage d'une boîte de bonbons.
Quand on regarde un tableau de Jacques Picoux, c'est un peu comme quand on revient du marché après avoir acheté du poisson que la marchande a enveloppé dans du papier journal. Bien souvent, quand on déballe le poisson on lit aussi le journal, et ce qu'on lit dans l'article peut parfois donner un drôle de goût au poisson. Tout cela est donc très effrayant et l'on comprend que Jacques Picoux ait attendu un moment avant de commencer ses tableaux et de les exposer.

Mais on comprend aussi pourquoi ses collages sont comprimés derrière un verre car Jacques Picoux a sans doute peur que les couleurs se mettent à bouger et à sortir de leur cadre. Il sera intéressant de revenir cette nuit quand toutes les lumières de ce musée seront éteintes pour voir si les couleurs sont satisfaites de la manière dont jacques Picoux les a collées. Je soupçonne pour ma part que la nuit elles tentent de se déplacer. Comment expliquer autrement que quand je regarde un tableau de Jacques Picoux ce n'est pas la même impression, ni la même sensation que je ressens à chaque fois.

Déjà quand les couleurs sortent d'un tube et qu'elles n'ont pas de mémoire, les peintres sont tentés de les appliquer avec un pinceau pour éviter les problèmes.
Et pourtant il y a des problèmes qui apparaissent : un monsieur peint un arbre et moi, bien souvent, je vois un pendu, une dame peint une rivière et moi je vois un noyé.
Alors lorsqu'on voit les collages de Jacques Picoux il y a de quoi devenir fou, car tous ces bouts de papiers se bousculent pour dire qu'en dehors que ce que Jacques Picoux a voulu dire, ils ont eux-mêmes d'autres choses à dire, qu'ils ont leur propre histoire et qu'ils ont leur propre opinion sur le portrait de la dame sur son lit et sur les vagues qu'on voit au fond du paysage.

Plusieurs d'entre nous l'ont connu comme professeur à Paris et à Taiwan, depuis dix ans, comme réalisateur d'une émission de télévision de français à la télévision.
Je vais donner quelques détails car au moins pendant que je vous parle de ce que Jacques Picoux a fait en dehors de la peinture, ça m'évite de penser à ce qui a conduit Jacques Picoux à faire de la peinture, ça m'évite de sentir le vertige dont je vous parlais quand on voit les emballages de bonbons, de bouts de journaux, les fragments de tissus se transformer en histoire et en sentiments.

Jacques Picoux est né en France le 9 novembre 1948, son père, inspecteur de physique de l'Education nationale aurait aimé le voir s'intéresser aux sciences d'une manière un peu plus exacte que la chimie des couleurs, mais qu'importe.
Il fait des études de chinois à l'Ecole des Langues orientales, puis à l'Université Paris 7 et devient professeur de français à Singapour, puis à Paris, à l'Université Paris 7.
En juin 1979 il s'installe à Taipei. Professeur de français à l'Université nationale de Taiwan, il réalise une émission d'enseignement de français par la télévision sur la chaîne CTS.

Ses études de chinois et son attrait pour l'Asie ont-ils été décisifs dans le choix des papiers japonais ?
S'il avait étudié le russe serait-il devenu parfumeur de papier d'Arménie ?

Je m'éloigne de mon sujet, mais je ne peux m'empécher de penser que Jacques Picoux ramassera le texte de mon discours et qu'en le déchirant en petits morceaux et en ajoutant l'emballage d'un caramel ou un bout de papier de chocolat il risque d'en faire mon portrait.
Et si les petits fragments de mon discours se révoltaient ?
Décidément tout ceci est trop effrayant et je préfère me taire et vous laisser aller voir de plus près les collages étonnants de Jacques Picoux.

René Viénet

Jacques Picoux dans les papeteries : soupesant de l'œil la brillance, la couleur, le motif des papiers qu'il achète, comme un cuisinier au marché.

Jacques Picoux travaille à même le sol. Quelques croquis sur des feuilles volantes et d'un trait sûr, il dessine sa composition au crayon sur le carton : composition linéaire à rapprocher de celle d'une mosaïque ou d'un vitrail. Le travail commence. Ballet des ciseaux et de la colle. Découper, coller, découper, coller.

Il suit un film idiot sur un magnétoscope ou il écoute de l'opéra chinois ou des chanteuses françaises des années 30. Il converse, absorbé. Dès que se collent les premiers papiers découpés, un dialogue à trois s'instaure entre la composition dessinée sur le carton, la couleur du fragment de papier et le motif imprimé sur ce papier. La composition initiale peut subir des bouleversements complets : la matière guide la main plus que la composition. Un carton peut être abandonné et repris des jours, des semaines après. D'autres finissent à la poubelle.

À première vue, la démarche de Picoux pourrait s'apparenter au pointillisme d'un Seurat. Mais Seurat avait une ambition toute scientifique : illustrer les recherches du professeur Chevreuil sur la persistance rétinienne et la décomposition du prisme.

Le monde Jacques Picoux est ascientifique. Il baigne dans un fantastique somptueux. Qu'il reprenne le bestiaire de la mythologie chinoise, dragon, cheval, serpent, les thèmes des orientalistes du XIXe siècle (le harem), qu'il reconstruise un chat Nijinski ou d'autres plus baudelairiens, qu'il présente ses portraits plus ressemblants d'être rêvés, plus inquiétants d'être souvent cernés, décadrés (Picoux aime les constructions en abyme) ses couleurs rutilantes rehaussées d'or sont les couleurs du songe.

À l'heure où l'avant-garde tourne en rond dans sa quête stérilisante d'un jamais vu au goût toujours de déjà vu, Picoux s'inspire des œuvres décoratives et populaires de l'orient ou de l'occident, mais derrière ses couleurs somptueuses que de rêves tapis.

Hélène Hazéra
Paris 1990

« LE PASSE – HIRONDELLE »
Arlette Shleifer, Chen Aï Lé
Taipei, avril 2005

Discovery Taipei, biographie en anglais

Libération, 1985

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